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Notre histoire

Le Polidor est une crèmerie-restaurant dont la fondation date du début du XIXe siècle. Principalement crèmerie à partir de 1845, il est devenu restaurant à part entière à partir de 1890.

Il est à ce titre l’un des plus vieux bistrots parisiens.

Déjà fréquenté au XIXe siècle par des artistes pauvres comme le poète Germain Nouveau, qui vante la cuisine de l’établissement, le Polidor devient rapidement un lieu incontournable de la société populaire. Il propose une cuisine simple, parisienne, faite maison et aux prix serrés. Ses tables d’hôtes voient défiler étudiants sorbonnards, habitants et employés du quartier depuis plus de 150 ans.

Ce restaurant est aussi célèbre pour avoir servi de repère aux artistes du quartier et notamment aux assemblées du Collège de pataphysique de 1948 à 1975. Le restaurant a ainsi accueilli Ionesco, René Clair, Paul Valéry, Boris Vian, Paul Emile Victor. Sans compter plus loin dans le temps Verlaine, Rimbaud, Jean Jaurès, James Joyce, André Gide ou Ernest Hemingway, dont Woody Allen a filmé la rencontre au Polidor avec le héros de son film « Minuit à Paris » …

Il était une fois… 

« Déjeuner avec Marie Dormoy dans un excellent restaurant : Le Polidor, rue Monsieur le Prince. Je crois bien que nous continuerons d’y aller… ». C’est ce qu’écrit Paul Léautaud dans son célèbre « Journal littéraire » le 21 novembre 1941. « …je crois bien que je continue d’y aller »… Qui ne s’est pas dit cela à propos de ce petit restaurant hors du commun, pour peu qu’il ait eu le privilège d’y entrer. Le charme du Polidor – un peu désuet, un peu envoûtant – d’où vient-il ? De cette façade immuable dont l’architecture, la couleur, l’enseigne nous renvoient tant d’années en arrière ? De cette étrange série de petits casiers noirs (au fond de la première salle) qui, pendant tant d’années, ont abrité les serviettes d’habitués, souvent illustres ? Franchir le seuil du Polidor, c’est un peu ouvrir une porte sur l’histoire. 

Celle du lieu tout d’abord : la rue Monsieur le Prince. Elle correspond à l’ancien chemin qui longeait extérieurement le rempart de Philippe Auguste, plus tard le fossé de l’enceinte de Charles V. Dans la cave du 41, celle du Polidor, un vestige de ce rempart historique s’étend jusqu’à la rue Racine. Le « Crapouillot » d’avril 1960 rappelle à ce sujet les « cuisiniers réunis » de la rue Racine en 1948, que Daumier surnomma les « saucialistes ». Le même « Crapouillot » évoque le Polidor, « restaurant à 22 sous à la Belle Epoque où se retrouvaient philosophes faméliques et poètes peu fortunés ». 

La place nous manque pour retracer l’histoire des restaurants parisiens mais nous devons au lecteur d’expliciter l’appellation de « Crèmerie-Restaurant » portée aujourd’hui encore par le Polidor. Cette appellation apparaît dans la seconde moitié du XIXe siècle. A l’origine, la restauration n’y est qu’occasionnelle. On y vend lait, oeufs, fromage et, bientôt, on les « sert » à une clientèle matinale et essentiellement féminine. A la fin du siècle, certaines « crèmeries » deviennent de véritables petits restaurants. 

C’est le cas du Polidor. Bléry, traiteur de son métier, occupe le fonds de 1845 à 1885. Mais c’est Froissard qui en fait un véritable petit restaurant en 1890, le passe à Chauvin en 1900, celui-ci à Bouy en 1906. Depuis toujours, la vie du Polidor s’est confondue avec la vie culturelle de Paris. La fin du XIX siècle y a vu un singulier défilé d’hommes, auxquels la mémoire des parisiens réserve des places de choix. 

En 1974 le poète-vagabond Germain Nouveau écrit à Richepin : « Nous avons pu dépenser peu de ronds grâce à notre reconnaissance de lieux où l’on tortore aussi magnifiquement bon marché que chez Polidor… ». En 1883 c’est Maurice Barrès qui, dans son fameux « Voyage à Sparte » raconte sa rencontre avec Louis Ménard, père de la phonétique et grand habitué du Polidor. Il y fût lui-même introduit par Leconte de Lisle « qui avait une maison place de la Sorbonne, et, dans cette maison, une jeune femme charmante, qui venait se nourrir pour quelques sous au Polidor… ». Louis Ménard n’était pas le seul à trouver le Polidor « plaisant pour l’oeuf sur le plat que l’on y absorbait à bon compte ». Il y eût aussi Jean Jaurès qui appréciait cette table… 

Tout comme Verlaine qui y déjeune en 1893 en compagnie d’Enrique Gomez Carillo, journaliste espagnol de renom, et y revient souvent avec Rimbaud qui loge, à l’époque rue Monsieur le Prince. Verlaine continue d’ailleurs d’être présent au Polidor : l’Association « les Amis de Verlaine » s’y réunissent encore régulièrement. 

Faisons un saut dans l’Histoire, approchons-nous de notre époque : Le couple Bony reprend le restaurant en 1930. Le chef, Denis Recoules, y est célèbre pour ses prouesses culinaires. Et la vie au Polidor continue d’être faite de noms et d’esprits devenus célèbres depuis, quand ils ne l’étaient pas déjà. Pierre Benoît mentionne le Polidor dans son discours de réception à l’Académie Française. Pierre Béarn, Ange Bastiani, Ernest Hemingway, André Gide, Paul Léautaud, Paul Valéry pour n’en citer qu’une infirme partie, en deviennent les silhouettes familières, souvent quotidiennes. Et James Joyce, l’auteur du fameux « Ulysse », dont Jean Paris raconte, dans son « James Joyce par lui-même », les pérégrinations au quartier Latin « à la recherche d’un bouillon rue St-André-des-Arts ou d’une omelette chez Polidor ». 

En 1948, le Polidor devient le Q.G. du Collège de Pataphysique. 

La Pataphysique : ce mot, créé par Alfred Jarry, désigne « la science des solutions imaginaires» et aussi « la science des exceptions, quoi qu’on dise qu’il n’y a de science que du général «Sous ce vocable se réunissent alors au Polidor des hommes venus de tous les horizons de l’Art, de la culture, de l’esprit : Jean-Hugues Sainmont, Boris Vian, Raymond Queneau, Eugène Ionesco, René Clair, Jacques Prévert, Max Ernst, Paul-Emile Victor, Jean Ferry, Noël Arnaud, François Caradec, Paul Gayot, Thieri Foulc, Jacques Carelman, Mario Ruspoli, Françoise Gilo, Jean Raspail… 

Boris Vian, promu au rang de « Transcendant Satrape » en mai 53, va consacrer une grande partie de son temps aux manifestations pataphysiciennes. Et les réunions des pataphysiciens au Polidor continuent… 

Difficile de trier parmi toutes les mentions faites du Polidor dans les écrits illustres et dans les souvenirs d’hommes qui ont marqué la vie culturelle de Paris. Roger Leenhardt, grand cinéaste disparu en 1985, qui décrit l’atmosphère de Saint-Germain-des-Prés de l’immédiat après-guerre dans son livre « Les yeux ouverts » mentionne le Polidor avec tendresse. Julio Cortazar en fait le décor de tout un chapitre dans son roman « Maquette à monter ». Des caricaturistes, tels que Wolinski ou Cabu, laissent dans le « Livre d’Or » des preuves de leur talent et des peintres et sculpteurs devenus depuis célèbres, comme Pérot ou Botero « croquent avec humour et amitié Monsieur et Madame Bony ». 

Vous allez peut-être aussi sentir vivre ceux qui, un soir, on fait une halte dans leur existence souvent tumultueuse… Et sont entrés au Polidor.